C’est un fait : les accents sont aussi importants que les lettres. Dans la langue française, il existe trois types d’accents : l’accent aigu, l’accent grave et l’accent circonflexe. Et, c’est ce dernier auquel nous allons nous intéresser dans cet article. Origine, histoire, fonction et avenir : découvrez tout sur cet accent « chevron-né ».
À retenir : chapeau bas !
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L’accent circonflexe peut se placer sur les voyelles « a », « e », « i », « o » et « u ».
Son influence sur la prononciation varie selon les mots et les usages.
Exemple : bâton, fête, gîte, rôle, flûte. -
Il permet notamment de distinguer certains homophones ou quasi-homophones.
Exemple : mur/mûr ; sur/sûr ; du/dû. -
Il sert également à distinguer certaines formes verbales.
Exemple : il chanta (passé simple) / qu’il chantât (imparfait du subjonctif). - Une consonne double apparaît très rarement après une voyelle accentuée. Avec l’accent circonflexe, on rencontre notamment l’exception « châsse » et ses dérivés, dont « châssis ».
Chronologie (rapide) des accents de la langue française
Les accents n’ont pas toujours fait partie de l’orthographe française. Dans les premiers textes d’ancien français, ils sont entièrement absents, et la lecture peut ainsi parfois prêter à confusion. Leur usage se développe surtout à partir du XVIe siècle, avec l’essor de l’imprimerie et les réflexions des grammairiens et imprimeurs sur la manière de représenter plus précisément la langue à l’écrit. Robert Estienne utilise ainsi dès 1530 l’accent aigu pour noter certains « e » fermés.
À cette époque, l’orthographe française est encore très variable : plusieurs systèmes et usages coexistent avant que les conventions ne se fixent progressivement. Les accents aigu, grave et circonflexe participent à cette évolution, même si leur emploi conserve au fil du temps certaines irrégularités.
En 1990, les rectifications de l’orthographe ont notamment proposé de simplifier l’usage de l’accent circonflexe. Sur le « i » et le « u », celui-ci n’est désormais plus obligatoire dans de nombreux mots, mais il reste notamment conservé lorsqu’il permet de distinguer des mots ou des formes grammaticales et dans certaines terminaisons verbales. Les graphies traditionnelles restent toutefois admises.
Alors, faut-il faire le deuil de cet accent emblématique ? Pas vraiment. Voyons cela en détail.
Les accents font bonne impression
L’apparition des accents dans la langue française doit beaucoup aux imprimeurs. Parce qu’ils avaient besoin de copies lisibles, ils ont été des précurseurs en matière de réflexion graphique.
Tout au début, il n’y avait pas franchement de règles précises concernant le rôle et la place des accents dans la langue. Aussi, leur utilisation variait d’un imprimeur à l’autre ou d’un auteur à l’autre.
C’est vers 1454-1455 que l’atelier de Gutenberg à Mayence réalise la célèbre Bible à 42 lignes, premier grand ouvrage européen produit avec des caractères mobiles métalliques. Ce n’est pas le tout premier livre imprimé au monde — des ouvrages existaient déjà en Asie grâce à l’impression xylographique et aux caractères mobiles coréens et chinois — mais il marque une étape majeure dans l’histoire de l’imprimerie européenne.
Bien des années plus tard, en 1529, l’humaniste et imprimeur Geoffroy Tory publie son traité de typographie Champ Fleury. Il y défend notamment le recours à de nouveaux signes graphiques, parmi lesquels la cédille, et appelle à mieux adapter l’écriture à la prononciation du français. Dès l’année suivante, Robert Estienne utilise l’accent aigu pour distinguer le e fermé final du e muet. Ces innovations restent toutefois encore peu stabilisées et leur adoption dans les textes imprimés se fait de manière progressive.
En 1531, l’accent grave est utilisé par Jacques Du Bois, alias Jacobus Sylvius, auteur de l’une des premières grammaires françaises imprimées. À l’époque, l’accent grave sert surtout à marquer le « e » sourd comme dans les mots « gracè » (grâce) ou « bonè » (bonne).
Tous ces usages peuvent nous sembler surprenants, mais en réalité, il s’agissait d’une période faste d’innovations intenses où chacun y allait de son petit signe personnel afin de tenter d’adapter au mieux la prononciation du français à l’alphabet latin dont il a vaillamment hérité.
En 1540, l’imprimeur humaniste Étienne Dolet propose un usage de l’accent grave qui nous est bien plus familier : distinguer les homonymes, par exemple a/à ou la/là.
Ensuite, du XVIᵉ au XVIIIᵉ siècle, l’emploi des accents est resté assez chaotique. L’accent aigu pouvait marquer aussi bien un e fermé qu’un e ouvert, selon les auteurs ou les imprimeurs. Même chez Voltaire, on retrouve encore des formes comme Eugéne, progrés ou encore collége.
Bref, c’était la loose.
Ce n’est qu’au XVIIIᵉ siècle que l’usage moderne commence à s’imposer. Mais certains mots gardent longtemps des graphies flottantes : ainsi, il a fallu attendre 1878 pour que l’Académie française retienne officiellement collège avec un accent grave au lieu de collége.
De tout ce flou orthographique, il nous reste quelques vestiges : abrégement, sécheresse ou encore céleri s’écrivaient avec un accent aigu sur un e pourtant ouvert. Les rectifications orthographiques de 1990 ont cherché à remettre de l’ordre en préférant les graphies abrègement, sècheresse et cèleri. Dans les faits, l’usage n’a pas toujours suivi : sécheresse, par exemple, reste de loin la forme la plus répandue aujourd’hui.

Lisez ce dialogue :
– De toute façon, l’accent circonflexe ne sert à rien.
– Ah, vous êtes sur ?
– Une chaise, pourquoi ?
➡️Attention, l’accent circonflexe reste obligatoire sur le i et le u lorsque le mot présente un risque d’homonymie !
L’accent circonflexe a le complexe du corn-flakes.
Ronsard et les poètes de la Pléiade raffolaient de ce petit chapeau au point de l’utiliser dans leurs poèmes. Pourtant, ce mal-aimé a toujours eu du mal à s’imposer.
L’accent circonflexe nous vient du système d’accentuation du grec ancien. Il traduisait un ton mélodique, avec une voix qui monte puis qui descend.
Et c’est encore Geoffroy Tory qui figure parmi les premiers à expérimenter l’usage du circonflexe en français. Inspiré par les modèles antiques, il l’introduit dans ses travaux typographiques, mais sans véritable règle fixe.
Ainsi, il a notamment servi à indiquer une voyelle allongée à la suite de la disparition ou de la contraction ancienne d’une voyelle ou d’une consonne.
Exemple : bâtir (au lieu de bastir), château (au lieu de chasteau), bête (au lieu de beste), dûment (au lieu de duement).
En 1740, l’Académie française intervient à son tour et généralise largement l’emploi du circonflexe, notamment en remplacement de certains « s » devenus muets.
- Il peut ainsi rappeler l’effacement d’une lettre, le plus souvent la lettre « s ».
- Exemple : hôpital/hospitalier – forêt/forestier – épître/épistolaire.
- Historiquement, il a également servi à noter certaines voyelles longues.
- Exemple : diplôme, drôle, grâce, infâme, etc.
ATTENTION toutefois : dans certains dérivés, lorsque la voyelle se retrouve en position atone, le circonflexe disparaît.
Ainsi, on écrit bien : diplomatie, drolatique, gracieux, infamie, etc.
On dit merci qui ? Merci l’Académie qui aime vraiment cultiver la contradiction.

En conclusion, l’accent circonflexe est-il obligatoire aujourd’hui ?
Oui, l’accent circonflexe reste obligatoire dans certains cas. Depuis les rectifications orthographiques de 1990, il est toutefois devenu facultatif sur les lettres « i » et « u » dans de nombreux mots : on peut ainsi écrire voûte ou voute, paraître ou paraitre. Les deux graphies sont admises.
A croire que cette ancienne star vieillissante a été honteusement poussée vers la sortie. Les rectifications de 1990 prônaient non pas la disparition du célèbre chapeau, mais plutôt une outrageuse simplification de son utilisation.
Il est donc désormais possible d’abandonner lâchement l’accent circonflexe après de nombreuses années de bons et loyaux services. Mais pas partout : il reste notamment obligatoire lorsqu’il permet de distinguer certains mots, comme mur/mûr, du/dû ou sur/sûr, ainsi que dans certaines formes verbales comme nous voulûmes, vous suivîtes ou qu’il fût.
Sur les lettres « a », « e » et « o », en revanche, notre petit chapeau conserve sa place.
L’accent circonflexe continue donc de se battre sans relâche et de s’accrocher coûte que coûte. Ce petit chapeau n’est-il pas finalement ce petit supplément d’âme orthographique qui nous plaît tant ?
Et voilà, vous savez tout sur l’accent circonflexe. Si vous souhaitez découvrir d’autres subtilités de la langue française, foncez vite lire notre article sur les exceptions de la langue française et autres règles bizarres.
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