En moins de quatre ans, les outils d’IA générative tels que ChatGPT sont passés du phénomène émergent à un usage hebdomadaire pour 51 % des personnes interrogées dans six pays. Mais le nouveau rapport 2026 du Reuters Institute révèle un paradoxe : l’adoption progresse à grande vitesse, tandis que la confiance envers une actualité fabriquée par l’IA reste presque figée.
Une adoption qui change d’échelle
Le chiffre dit à lui seul le changement de régime : dans les six pays suivis depuis 2024 (Argentine, Danemark, France, Japon, Royaume-Uni et États-Unis), la part des personnes ayant utilisé un outil d’IA générative au cours de la semaine précédente est passée de 34 % en 2025 à 51 % en 2026 !
L’usage quotidien a progressé encore plus vite. Il concernait 7 % des répondants en 2024, 16 % en 2025 et 28 % en 2026. Autrement dit, l’IA générative n’est plus seulement testée : elle s’installe dans les routines.
La France fait partie des marchés où la progression annuelle est la plus forte, avec 21 points supplémentaires d’usage hebdomadaire.
ChatGPT reste en tête, mais le marché s’élargit
Dans les six pays comparables étudiés par le Reuters Institute, le taux d’utilisation hebdomadaire de ChatGPT passe de 22 % à 34 % entre 2025 et 2026. Gemini progresse de 11 % à 24 %, Copilot de 6 % à 11 % et Claude de 1 % à 7 %.
Ce dernier, qui semble sur toutes les lèvres en ce moment, reste donc moins utilisé par le grand public, malgré une croissance spectaculaire (fois 7 !). Une dynamique confirmée par Similarweb : sa part des visites web parmi les principaux chatbots est passée de 2 % à 9,6 % en un an, jusqu’en août 2026.
Ce mouvement structurel des usages s’explique aussi par le fait que l’IA se glisse dans les services ordinaires. Dans les neuf pays couverts par l’enquête 2026, 57 % des répondants disent avoir croisé une réponse, un résumé ou un assistant IA dans un moteur de recherche au cours de la semaine précédente.
Pour les éditeurs, les marques et les créateurs de contenu, la conséquence est majeure : une partie croissante de la découverte passe désormais par des interfaces qui résument, reformulent et hiérarchisent les sources avant même la visite d’un site.
CRW a déjà examiné ce basculement dans ses premiers tests des Aperçus IA de Google en France : https://www.conseils-redaction-web.fr/apercus-ia-google
Une méfiance face aux actualités produites par l’IA
Cette banalisation des usages ne se traduit pas pour autant par une acceptation équivalente de l’IA dans la production d’information.
Seuls 12 % des répondants se disent à l’aise avec des actualités entièrement produites par l’IA.
Le taux grimpe légèrement à 19 % lorsqu’une supervision humaine est mentionnée.
Et il Il atteint 45 % pour un contenu principalement produit par des humains avec l’aide de l’IA, et 67 % pour un contenu entièrement humain.

Crédit : Reuters Institute, Generative AI and News Report 2026 — recréation CRW à partir des données du rapport.
Ces attitudes ont peu bougé depuis 2024, alors même que les usages ont fortement augmenté. C’est l’un des enseignements les plus importants du rapport : familiarité ne signifie pas adhésion.
Le public anticipe aussi des effets contradictoires. L’IA devrait, selon les répondants, rendre l’information moins coûteuse à produire et plus actuelle. Mais elle est également perçue comme susceptible de la rendre moins transparente et moins fiable.
Le rejet est plus marqué lorsque l’IA touche au commentaire ou à l’opinion que lorsqu’elle intervient dans des tâches techniques comme la traduction, la correction ou l’édition. L’enjeu est donc de correctement situer le rôle qu’on lui confie et la responsabilité humaine qui demeure visible dans les processus journalistiques.
Ce que les équipes de contenu peuvent retenir de l’étude Reuters
Le rapport ne dit pas qu’il faut bannir l’IA des rédactions. Il montre plutôt que l’usage doit être proportionné à la nature de la tâche.
L’assistance à la traduction, à la correction, au classement ou au résumé semble plus acceptable que la délégation d’un jugement éditorial.
Pour une équipe de contenu, cela plaide en faveur d’un workflow où l’IA aide à produire, mais où un humain reste responsable du choix de l’angle, de la vérification, de la hiérarchie et de la publication.
Attention : cette responsabilité ne peut pas être remplacée par une simple mention « assisté par IA ». La transparence utile consiste à expliquer ce qui a été automatisé, ce qui a été vérifié et qui assume le résultat final. Cette approche rejoint les recommandations de Google, qui a récemment renforcé ses consignes sur la vérification humaine des contenus générés par IA. Elle fait aussi écho aux limites déjà observées lorsque l’on confie le fact-checking à l’IA.
Le rapport offre d’ailleurs un exemple “méta” intéressant.
Ses auteurs indiquent avoir utilisé ChatGPT et plusieurs modèles Claude pour faciliter l’analyse des données, suggérer des améliorations et relire le texte.
Ils précisent en même temps que les humains ont rédigé le rapport et contrôlé chaque ligne.
Une enquête solide, avec des limites à garder en tête
Le Reuters Institute s’appuie sur une enquête YouGov menée en ligne du 14 août au 28 septembre 2026 auprès d’environ 2 000 personnes dans chacun des neuf pays étudiés : Argentine, Australie, Danemark, Finlande, France, Japon, Norvège, Royaume-Uni et États-Unis.
Les échantillons utilisent des quotas nationaux et une pondération. Mais il s’agit d’échantillons en ligne non probabilistes. Les auteurs invitent donc à interpréter avec prudence les petits écarts, notamment ceux d’environ deux points.
Pour garantir des comparaisons fiables dans le temps, les auteurs retiennent uniquement les six pays présents dans les enquêtes de 2024, 2025 et 2026. L’Australie, la Finlande et la Norvège ont rejoint l’étude en 2026. Les résultats agrégés sont pondérés et ne prétendent pas représenter la population mondiale.
Ces limites n’annulent pas le signal qui atteste de la progression rapide de ces outils auprès du grand public. Elles empêchent simplement d’en faire une vérité universelle.
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